Qu’est-ce qui permet d’affirmer que la psychanalyse fait acte, c’est-à-dire qu’elle est capable de transformer effectivement le sujet ? Déjà, l’on ne parlerait pas d’acte analytique s’il était impossible d’assigner à la cure une fin, et une fin heureuse. Juranville le dit merveilleusement bien : “l'analysant doit pouvoir parvenir, par rapport à l'analyste, au même rapport positif, apaisé, heureux, à l'inconscient. Au même accueil d'une hétéronomie fondamentale qui doit se muer en autonomie où l'existant est à son désir.”. A quel signe l’analysant (et accessoirement son analyste) perçoit-il que cette fin est effectivement atteinte, que non seulement sa propre existence est transformée par l’acte analytique (ce qui peut se produire avant la fin d’une cure, fort heureusement), mais que le but de l’analyse a été atteint : quand précisément il lui est devenu possible d’être analyste à son tour. « C'est au terme d'une psychanalyse supposée achevée que le psychanalysant peut devenir psychanalyste » dit Lacan. Cette transformation suppose le passage d’une “hétéronomie fondamentale”, dans laquelle le sujet subit ce qui lui échappe, à une autonomie qui ne consiste pas à supprimer l’inconscient, mais à reconnaître sa vérité et à l’assumer. Juranville précise les conditions de ce désir retrouvé : “Où l'existant est à ce désir inscrit dans l'image d'élu qu'il a faite sienne à l'origine ; qu'il a jusqu'alors essentiellement refoulée ; pour laquelle jusqu'alors il n'a pas voulu payer le prix, d'affrontement à la pulsion de mort présente décisivement dans la sexualité.” Disons simplement : le sujet cesse progressivement de refouler la possibilité d’existence qui s’était ouverte à lui et il devient enfin capable de l’assumer. Mais - le fameux prix à payer - il lui faut renoncer à l’illusion d’une identité close sur elle-même, comme au fantasme d’une jouissance sans limite ; il lui faut se confronter à la finitude radicale présente dans la sexualité sous la forme de la pulsion de mort (pulsion de mort qui est la vérité ultime de toute pulsion). Le psychanalyste possède le moyen d’accomplir cette transformation, et ceci doublement. D’abord, on sait que le patient fait de l’analyste un “sujet supposé savoir”, au risque d’en faire une idole dont dépendrait sa propre vérité. L’analyste doit alors défaire cette fascination en occupant la position d’”objet a”, objet déchet de la pulsion que Juranville interprète comme le dépôt de la finitude radicale. Mais cette position de retrait ne suffit pas, en affirmant l’inconscient, l’analyste dispense également une grâce au patient : “il le relève de l'être de déchet fasciné à quoi celui-ci s'était réduit devant l'idole ; et il le rétablit dans la vérité (c'est la vérité de l'inconscient présente dans les symptômes)” écrit encore Juranville. La grâce ne consiste pas à lui imposer une identité nouvelle, mais à rendre possible son autonomie. Une parole analytique devient alors acte lorsqu’un jeu de mots ou une remarque fait surgir le désir et que le patient s’approprie immédiatement cette parole, devenant sujet de ce qui vient d’être énoncé. L’analyste stimule son inventivité sans se substituer à lui. Toutefois, cet effet ponctuel doit être répété aussi longtemps que nécessaire, jusqu’à ce que le patient devienne sujet, et comme l’auteur de l’ensemble de son histoire individuelle.
PSYCHANALYSE, Acte, Grâce, Analyste, LACAN
“Si la psychanalyse fait acte, c'est d'abord parce qu'elle a une fin. « C'est au terme d'une psychanalyse supposée achevée que le psychanalysant peut devenir psychanalyste » dit Lacan... Le discours psychanalytique n'affirmant qu'une chose, l'inconscient, l'analysant doit pouvoir parvenir, par rapport à l'analyste, au même rapport positif, apaisé, heureux, à l'inconscient. Au même accueil d'une hétéronomie fondamentale qui doit se muer en autonomie où l'existant est à son désir. Où l'existant est à ce désir inscrit dans l'image d'élu qu'il a faite sienne à l'origine ; qu'il a jusqu'alors essentiellement refoulée ; pour laquelle jusqu'alors il n'a pas voulu payer le prix, d'affrontement à la pulsion de mort présente décisivement dans la sexualité.”
JURANVILLE, PHER, 2019
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