PROPRIETE, Travail, Oeuvre, Vol

Le septième commandement - « Tu ne voleras point » - suppose qu'il existe une propriété légitime, rapportée selon la tradition biblique à une appropriation créatrice par le travail. Le vol consiste à s'approprier indûment le bien d'autrui, c'est-à-dire à vouloir posséder le résultat d'une activité créatrice sans accomplir soi-même le travail qui devrait fonder cette appropriation. Le vol ne se définit donc pas simplement par la paresse, puisqu'il peut exiger des efforts considérables, mais par le refus du travail créateur et de l'épreuve de la finitude qu'il suppose. Ce refus prolonge le mouvement primordial par lequel l'existant cherche à se donner immédiatement une identité et une consistance qu'il devrait constituer dans une œuvre. Le récit de la Genèse rapporte pourquoi et comment le travail est devenu, après la chute, un travail pénible, accompli « à la sueur du front ». Le travail est alors aliéné, parce que l'homme, s'étant fermé à l'Autre divin, subit comme une contrainte extérieure la loi qui devrait orienter librement son activité. Mais ce travail aliéné ne doit pas être simplement rejeté : il doit être assumé et dépassé dans un travail créateur, par lequel l'existant reprend librement les déterminations auxquelles il était d'abord assujetti et les transforme en une œuvre véritable. Le vol refuse précisément cette traversée de l'aliénation, en cherchant à obtenir immédiatement ce qui devrait résulter d'un accomplissement créateur. Fondamentalement, le travail véritable répond à un appel de l'Autre divin, qui a créé l'homme capable de créer à son tour. En répondant à cet appel, l’homme se dispose à accueillir la promesses de la Révélation, celle d’une participation à la vie divine comme vie de l’esprit, et d’une résurrection de la chair comprise là encore comme transformation de la chair en chair spirituelle. Certes l’œuvre humaine ne produit pas automatiquement la résurrection, mais elle met l'existant en position d'accueillir cette promesse, dont l'accomplissement demeure lié à la grâce divine. Grâce présence dès l’origine, il faut le souligner, puisque l'Autre divin a donné à l'homme, et explicitement à tous les hommes, les conditions de l'appropriation créatrice en se faisant cause matérielle, c'est-à-dire en s'offrant comme nature à transformer par le travail. 


“L’appropriation créatrice par un travail est ce à quoi, en principe, l'Autre divin appelle l'homme. Pour qu'il confirme par son œuvre l'œuvre divine de la Création et, ce faisant, participe de la vie divine et se mette en position de bénéficier des promesses de la Révélation - éminemment celle de la résurrection de la chair dégagée comme chair spirituelle dans ce que saint Jean appelle la "résurrection de vie". De cette appropriation créatrice, l'Autre divin avant tout a donné à l'homme, à tous les hommes, les conditions, en se faisant cause matérielle ou encore en s’offrant comme nature à l’appropriation.”
JURANVILLE, 2021, UJC

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