Dans le troisième moment logique de la pulsion, la relation atteint une nouvelle dimension marquée par la réciprocité : « Je suis signifiant pour l'Autre comme il l'est pour moi » dit Juranville. Il ne s'agit plus seulement de recevoir de l'Autre ou de répondre à sa demande ; le sujet et l'Autre sont désormais inscrits dans une relation de désir réciproque, dans laquelle chacun compte pour l'autre. Cette réversibilité s’organise à partir du phallus, déterminé par la différence des sexes. Mais il faut distinguer ici le phallus comme signifiant et le phallus comme objet. Comme signifiant il désigne ce qui prend une valeur dans l'organisation symbolique du désir et de la différence sexuelle (de sorte que dans l’acte sexuel, il est proprement ce qui jouit). Comme objet pulsionnel, en revanche, le phallus apparaît sous une forme imaginaire. Il est alors représenté comme un objet séparé, susceptible d'être investi dans le fantasme et de prendre place dans le circuit de la pulsion. Cet objet imaginaire est identique chez l'homme et chez la femme, et également manquant — ou plus exactement « également séparé ». Cette précision déplace le problème : ce qui compte n'est pas la possession anatomique d'un organe, mais le fait que le phallus, comme objet imaginaire, ne peut être intégré à une totalité corporelle qui garantirait une plénitude. Il faut donc distinguer trois niveaux qui risquent autrement d'être confondus : le pénis comme organe anatomique ; le phallus comme signifiant du désir ; le phallus comme objet imaginaire dans la pulsion. La castration, elle, se distingue encore de la séparation, et renvoie à une opération symbolique : sa fonction signifiante implique précisément que la plénitude supposée ne peut être garantie. La séparation du phallus comme objet imaginaire, en revanche, concerne la constitution de l'objet ‘a’ dans le circuit pulsionnel, c'est-à-dire le fait que le phallus puisse apparaître comme un objet distinct du corps et investi dans le fantasme. En réalité, la pulsion phallique se laisse difficilement séparer du désir, étant donnée la valeur signifiante du phallus. Pour les objets oral et anal, la distinction entre l'objet pulsionnel et le rapport au désir de l'Autre peut être relativement aisée à formuler. Dans le cas du phallus, la pulsion et le désir tendent à se recouvrir : c’est notamment le cas dans la perversion et dans l’activité masturbatoire.
PULSION, Phallus, Désir, Objet a, LACAN
“Le troisième moment logique était celui de la réversibilité des relations de désir. Je suis signifiant pour l’Autre comme il l’est pour moi. On sait que ce par quoi s’effectue cette signifiance réciproque, c’est d’abord le phallus, déterminé à partir de la différence des sexes. Mais le phallus n’est pas, comme signifiant, objet de pulsion. Comme signifiant, il est ce qui dans l’acte sexuel jouit. D’où la dérivation de cette troisième pulsion à partir de la « jouissance dans l’Autre ».”
JURANVILLLE, 1984, LPH
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