Dans le deuxième moment logique de la pulsion, l’Autre apparaît toujours comme signifiant pour le sujet, mais il désire lui aussi quelque chose qui a une valeur signifiante pour lui. L'Autre n'est donc plus simplement une totalité qui donne : il est un être dont le désir propre compte et dont les attentes ne sont pas transparentes. Cette transformation modifie profondément la fonction de l'objet. La pulsion anale est ici le lieu où l'objet ‘a’ apparaît comme déchet, mais également comme cadeau. L'objet n'est plus seulement ce qui vient combler un besoin ; il est ce qui peut être demandé, retenu, donné ou rejeté dans une relation où l'Autre manifeste ses exigences. L'excrément est un objet particulièrement révélateur, car il est produit par le corps, puis séparé de lui. Il peut être vécu comme un déchet à rejeter, une souillure dont il faut se débarrasser, mais aussi comme quelque chose que l'on peut donner. Il est l’”objet perdu” par excellence parce qu'il est lié à l'élimination. Mais, précisément parce qu'il doit être perdu, il peut devenir le symbole d'une plénitude qui ne se maintient qu'en acceptant sa propre disparition. L'objet peut ainsi représenter une totalité, mais une totalité déjà marquée par l'illusion : il doit être séparé du corps, et sa perte est constitutive de sa fonction. Ce qui semblait être une possession est destiné à devenir un objet extérieur, un reste. Les remarques de Lacan sur la pulsion anale comme domaine de l'oblativité, du don et du cadeau prennent alors tout leur sens. Donner, c'est faire passer un objet de soi à l'Autre ; mais ce don implique aussi de renoncer à le conserver. L'objet peut être investi comme cadeau précisément parce qu'il est détachable, qu'il peut être offert ou refusé. Ce deuxième moment se caractérise surtout par la “demande de l'Autre”, encore selon Lacan : l’Autre demande à l'enfant de retenir, de donner, de contrôler ou de rejeter ce qui concerne les fonctions excrémentielles. L'objet acquiert alors une valeur parce qu'il est demandé par l'Autre, mais il est demandé sous une forme paradoxale : il doit être rejeté. Le sujet apprend à reconnaître ce qui compte pour l'Autre à travers des exigences concrètes, sans savoir nécessairement ce qui est véritablement désiré au-delà de ces exigences. C'est là le point décisif : la demande de l'Autre ne révèle pas directement son désir. Cette distinction prépare le troisième moment. Le sujet devra apprendre que l'Autre ne se réduit ni à celui qui donne ni à celui qui commande : la relation de désir peut devenir réciproque, et chacun peut être signifiant pour l'autre.
PULSION, Analité, Demande, Objet a, LACAN
“La seconde relation (correspondant au second moment logique) veut que l’Autre qui est signifiant pour le sujet, désire aussi, qu’il y ait pour lui quelque chose de signifiant. Et donc qu’il ne soit pas signifiant en soi, mais du point de vue du sujet seulement. Par rapport au premier moment logique, on peut dire d’abord que l’Autre est dévalorisé, même s’il demeure signifiant. Au niveau pulsionnel, l’Autre advient alors comme objet a anal. Lequel est d’une certaine façon la vérité de l’objet pulsionnel. Objet en effet symbolique : objet éminemment perdu, puisque lié aux fonctions de l’élimination, mais par là même symbole de la plénitude elle-même marquée comme illusoire, puisque l’objet doit se perdre. Objet à rejeter, déchet, souillure ; mais aussi cadeau.”
JURANVILLLE, 1984, LPH
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