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NORME, Référence, Altérité, Forme

La norme juste se donne au fini à partir de la finitude qu’il éprouve dans sa relation à l’Autre, premier lieu du sens. Le sujet ne peut accueillir le réel de son existence qu’en l’accueillant comme altérité, puisque l’Autre lui donne ce qui lui permet de s’affronter au non-sens et d’accéder au sens. Mais la norme juste exige davantage : le sujet doit être posé comme capable d’accéder lui-même à cette altérité et à ce sens vrai. La norme se présente ainsi comme altérité et comme forme, forme qui doit être remplie et reconstituée à partir du réel propre du sujet. Cette structure définit la référence. La référence est l’acte de la norme parce qu’elle ouvre au sujet l’espace où il pourra réinstituer cette norme. Elle socialise d’abord : faire référence à un Autre, c’est reconnaître sa finitude, poser cet Autre comme lieu de la loi et supposer que d’autres sujets peuvent eux aussi s’y rapporter. Cela vaut pour le père, pour les références de la vie sociale et finalement pour le discours lui-même, qui constitue le principal lien social. Mais la vraie référence ne consiste pas seulement à se soumettre à un modèle commun : elle permet au sujet de devenir lui-même l’Autre. Sa forme doit être recréée à partir du réel singulier de chacun, dans l’épreuve de sa propre finitude. Les poètes et penseurs deviennent ainsi des références lorsqu’ils ont décidé de devenir à leur tour l’Autre vrai et de reconstituer la norme juste, ouvrant aux autres le même espace de création. Enfin, le discours historique devient lui-même l’ultime référence, à travers les concepts qui l’orientent — existence, être, histoire, inconscient. Juranville parle alors de la raison comme métaphore du discours capable de devenir l'Autre vrai.


Comment la norme, comme norme juste, se donne-t-elle au fini ? Celui-ci rejette d’abord de la signification, de l’identité de la signification, ce qui est le plus réel pour lui. Or ce plus réel est la finitude, et précisément la finitude pour autant qu’il l’éprouve dans la relation à l’Autre comme lieu premier du sens, et que, dans cette relation, il reçoit de quoi s’affronter à la finitude, au non-sens, et accéder au sens : pas de réel sans le sens, comme sens d’abord en l’Autre et, de là, en soi. C’est donc comme altérité que le sujet accueille, dans la signification, le réel de l’existence. Mais ce réel ne serait pas celui de la norme juste, si le sujet n’était pas posé comme ayant à accéder à la même altérité, au même sens vrai, à la même signification vraie. C’est donc finalement comme altérité et en même temps forme que le sujet accueille la norme juste, la forme de cette altérité devant être remplie par le réel du sujet, reconstituée à partir de là. Altérité et forme qui définissent la référence.”
JURANVILLE, 2000, JEU