MODELE, Identité, Forme, Grâce

Le modèle se distingue de la référence. La référence est altérité et forme : elle ouvre au sujet l’espace d’une signification extérieure. Le modèle est identité et forme : il engage le sujet dans la constitution d’une identité nouvelle et met en mouvement l’identification. La règle elle-même se donne ainsi comme modèle vivant plutôt que comme prescription abstraite. Le psychanalyste apparaît ainsi comme le modèle véritable, non parce que le patient devrait l’imiter, mais parce qu’il lui permet de recréer à partir de son propre réel une « forme absolue » et d’accéder à une identité inédite. Cela est possible parce que l’analyste affirme l’inconscient, que Juranville identifie à une grâce : la vérité parle en l’homme comme Autre, et le savoir surgit de cette parole. Le psychanalyste ouvre donc l’espace d’une confrontation libre à l’inconscient tout en témoignant qu’une telle traversée est possible. Cependant, le discours psychanalytique ne peut se poser lui-même comme savoir sans détruire cette grâce. Seul le discours philosophique, qui se veut explicitement raison, peut reconnaître rationnellement le psychanalyste comme modèle. Il prend alors la psychanalyse comme modèle d’un savoir transmis par grâce, de même qu’il prenait autrefois les mathématiques comme modèle de rigueur. La philosophie dispense au sujet social, à la communauté, la même grâce que l’analyste dispense au sujet individuel et reconnaît les autres discours comme modèles porteurs de vérité.


Seul le « discours philosophique », celui qui, non seulement est raison, mais se veut raison, peut poser le psychanalyste comme modèle. Il prend même le discours psychanalytique comme modèle du savoir qui passe à son Autre, et qui y passe du fait de la grâce (de même que depuis Platon, le savoir mathématique est, pour le discours philosophique, modèle de savoir rigoureux – même là où l’on soutient, comme chez Hegel, que la logique de l’un n’a rien à voir avec la logique de l’autre). Et le discours philosophique devient alors lui-même modèle et savoir, pour autant que la même grâce qu’il a découverte dans le discours psychanalytique, il la dispense pour son propre compte, non plus au sujet individuel, mais au sujet social, et aux autres discours fondamentaux, en les prenant comme modèles, en les posant dans leur vérité. Car prendre pour modèle est une grâce ; grâce qu’on rend alors, car nul ne serait pris pour modèle qui ne dispenserait pas sa grâce.”
JURANVILLE, 2000, JEU

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