METONYMIE, Signification, Remplacement, Révélation, LEVINAS

La métonymie (définie comme non-signification et signification) est ce qui permet l'opération même de la Révélation. Juranville prend pour exemple la réponse de Dieu à Moïse : « Eyé acher eyé » (« Je suis celui qui suis »). Quelle que soit sa traduction, cette formule demeure déconcertante car elle ne livre pas immédiatement un sens, mais produit une non-signification radicale ; elle révèle que les significations ordinaires (« Je suis votre Dieu ») étaient elles-mêmes insuffisantes et enfermées dans l'idolâtrie. La Révélation commence donc par détruire les faux sens avant de rendre possible un sens véritable. Le “remplacement” est cette opération par laquelle une ancienne signification cède la place à une formule qui oblige l'homme à interpréter et à créer une signification nouvelle. Dieu lui-même s'efface ainsi comme réponse immédiate pour faire de l'homme l'interprète responsable de la parole révélée. Autrement dit, la Révélation n'est pas d'abord une transmission de vérités, elle est un événement de langage qui fait exploser le langage ancien pour rendre possible un langage vrai. Ce remplacement essentiel est l'objectivité propre de la métonymie. Toutefois, l'existant refuse d'abord cette épreuve de la non-signification, préférant les certitudes toutes faites : c'est la contradiction objective de la métonymie. Il est frappant de voir combien cette conception rejoint certains grands thèmes de Heidegger (la parole qui ouvre un monde), de Lacan (le signifiant qui produit le sujet) et de Levinas (la responsabilité née de l'appel de l'Autre). D’ailleurs Juranville rapproche explicitement cette structure de la substitution chez Levinas, illustrée par le sacrifice de Maximilien Kolbe. Mais comme toujours il est reproché à la philosophie contemporaine de ne pas aller jusqu'à reconnaître qu'une telle substitution puisse fonder universellement un monde où chaque individu serait reconnu comme irremplaçable. Sans cette reconnaissance, l'humanité demeure enfermée dans le monde païen des « dieux obscurs ».


“Il n'y a remplacement essentiel que si la non-signification est radicale et si ce qui vient à la place d'autre chose est non pas un moyen pour une fin et signification déjà présente, mais le point de départ à son tour d'une fin et signification nouvelle ou renouvelée, assumant certes la non-signification radicale. Ainsi, dans notre exemple, la formule « le suis celui qui suis » remplaçant « Je suis votre Dieu » ; mais, dans « le suis celui qui suis », Dieu s'effaçant et se faisant librement remplacer, comme principe, par l'homme qui aura à interpréter, à donner à la formule signification nouvelle ou renouvelée.”
JURANVILLE, 2019, FHER

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