MEURTRE, Judéo-christianisme, Violence, Oeuvre

Il ne faut pas voir dans le Ve commandement (« Tu ne tueras point ») une simple interdiction morale, mais  la révélation d'une tendance fondamentale de l'homme à commettre le meurtre. Cette violence naît d'abord de la jalousie envers celui dont les œuvres semblent avoir été mieux reconnues par l'Autre, qu'il soit divin ou humain. Plus profondément encore, elle provient du refus d'assumer le travail créateur exigé par l'œuvre : au lieu de reconnaître sa propre responsabilité, le sujet préfère croire que l'autre a bénéficié de meilleures conditions. La philosophie doit alors penser ensemble deux dimensions complémentaires de cette violence. Le judaïsme souligne que le commandement condamne aussi bien le meurtre individuel que le meurtre collectif, dont l'Holocauste constitue l'expression historique la plus extrême ; il met ainsi en lumière les deux niveaux objectifs de la violence. Le christianisme, quant à lui, révèle que cette violence trouve son origine dans l'intériorité du sujet : colère, haine et cruauté précèdent toujours le passage à l'acte. La véritable lutte contre le meurtre doit donc s'engager au cœur même de la subjectivité. 


Rappelons le V° commandement : « Tu ne tueras point» (Exode, 20, 13 et Deutéronome, 5, 17). Il y a en effet en l'homme une tendance fondamentale à vouloir faire perdre la vie à l'autre homme. Et cela, sous prétexte que ses œuvres auraient été mieux accueillies par l'Autre de référence (divin ou humain). Et, plus fondamentalement encore - car on n'avoue pas volontiers sa fuite à soi devant le travail requis par l'œuvre -, sous prétexte qu'il aurait reçu, lui, plus de conditions que soi pour produire des œuvres qui obtiennent une telle reconnaissance.”
JURANVILLE, UJC, 2021

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