MYTHE, Révélation, Politique, Ordre, PLATON

La révélation est la condition de l’autonomie véritable, parce qu’elle fixe la finitude humaine tout en permettant à l’homme de l’assumer librement. Elle ouvre ainsi simultanément l’accès à la raison spéculative et à la vérité originelle du mythe, dont la philosophie a besoin pour être reconnue universellement et conduire à la société juste.. Le rapport du mythe avec la politique peut se décliner grâce à ces trois figures mythiques que sont le mythe du Politique, le tyran, l’esprit du peuple. Dans son dialogue, “Le Politique” Platon remet en cause la définition du politique comme « pasteur du troupeau humain ». Cette définition ne serait valable que sous le règne de Cronos, tandis que l'homme actuel appartient au temps de Zeus. Il convient d’une part de condamner le caractère cyclique du mythe, propre au monde païen, sans possibilité d’histoire véritable, et d’autre part l'idée d'une intervention divine qui supprimerait l'autonomie humaine (ce qui est bien le cas des dieux païens). En revanche la révélation véritable, qui souligne la finitude humaine, permet de conserver la vérité du mythe. Platon lui-même ne cesse de critiquer l'autonomie prométhéenne, l'idée selon laquelle l'humanité pourrait s'auto-constituer souverainement (sorte de mythe inversé extrêmement dangereux). Ensuite la critique de la démocratie ordinaire exige une décision : le savoir peut apparaître alors au peuple sous la figure du tyran, deuxième mythe à dénoncer. Déjà le tyran platonicien, dominé par ses désirs et vivant constamment dans la peur, révèle l’impossibilité d’un pouvoir simplement fondé sur la possession du savoir. Là encore cette figure ne trouve sa vérité que dans le christianisme, avec Dieu comme Fils : le Christ assume la violence humaine dans la Passion, au lieu de la reproduire, et par la Résurrection, rend à chacun son autonomie. Le savoir véritable devient ainsi ordre, à la fois “commandement” et “arrangement” juste. Une troisième figure mythique apparaît alors : l’esprit du peuple, qui donne une unité collective à cet ordre. Hegel en avait saisi la vérité formelle, mais son appropriation idéologique (notamment par Schmitt comme « esprit du peuple allemand ») montre comment elle peut devenir nationalisme et conduire à la catastrophe. Là encore, seule la révélation permet de lui donner sa vérité, dans la figure de Dieu comme Esprit. Le mouvement général est donc celui d’une transformation des figures mythiques par la révélation, qui les arrache à leur dimension païenne sans supprimer ce qu’elles portent de vérité.


Le savoir en tant qu’il s’oppose à la démocratie ordinaire qui est norme fausse doit donc finalement se présenter comme ordre – comme décision certes, mais qui prend place dans un ordre, et qui est elle-même ordre. Ordre donné comme commandement, mais aussi ordre déployé comme arrangement. Et que requiert l’affirmation de l’existence, qui est celle de la vérité comme d’abord en l’Autre, mais celle aussi de la finitude radicale de l’humain, et celle finalement de la vérité primordiale en l’Autre absolu – lequel donne l’ordre et appelle la créature à répéter cet ordre comme commandement et à le déployer comme arrangement, selon le plan juste de la Création. Cet ordre apparaît au peuple sous une troisième figure mythique, celle de l’esprit, de l’esprit du peuple. Figure mythique qui a pu avoir une vérité formelle chez Hegel louangé à juste titre par Schmitt, mais qui, proclamée par celui-ci comme « esprit du peuple allemand » qui aurait « longtemps résisté aux “idées de 1789” », a conduit aux pires horreurs du nazisme. Cette troisième figure mythique, elle encore, ne pourrait avoir de vérité que par la révélation, dans la figure de Dieu comme Esprit.”
JURANVILLE, 2010, ICFH

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire