NOEUD BORROMEEN, Signifiant, RSI, Consistance, LACAN

Pour Juranville, le mathème fondamental de la psychanalyse est la structure quadripartite de l’inconscient, composée des trois places de l’objet/Chose, du sujet et de l’Autre, auxquelles s’ajoute le phallus comme signifiant non verbal. Ces trois places peuvent être inscrites dans les trois ronds du nœud borroméen, respectivement rapportés au réel, au symbolique et à l’imaginaire. Le Nom-du-Père se situe du côté de l’Autre et désigne le signifiant posé comme signifiant. Le nœud, en tant qu’« écriture parlante », énonce ainsi le signifiant paternel et fait apparaître la valeur signifiante du phallus sous la forme de la jouissance phallique. Mais le nouage implique simultanément une consistance du réel, éprouvée comme « jouissance de l’Autre », et une consistance de l’imaginaire, qui donne le sens. Le nœud constitue donc une structure où jouissance phallique, jouissance de l’Autre et sens sont produits par l’articulation des trois registres. Cette conception doit permettre de reformuler psychose, perversion, névrose et sublimation en fonction des différents modes de nouage. L’analyse ne vise pas à supprimer le nœud constitutif de l’être parlant, mais à défaire ce qu’il contient de « nœud en trop » afin de parvenir au nouage le plus simple. Le nœud borroméen est ainsi pour Juranville le modèle même d’une écriture qui ne représente pas seulement la structure, mais l’effectue. Sa consistance propre est celle de l’imaginaire, car l’imaginaire est ce qui permet au nœud de tenir. Le nœud constitue dès lors le savoir efficace de l’analyste et accomplit la « lettre » comme signifiant inscrit dans le signifié. Juranville expose (bien plus explicitement que Lacan) les trois moments du signifiant : son surgissement, sa position et la position d’un nouveau signifiant comme signifiant, ce qui correspond encore aux dimensions du réel, du symbolique et de l’imaginaire. Dans le réel, le corps noue le surgissement imprévisible de l’existence, le symbolique du symptôme et l’image imaginaire du corps ; dans le symbolique, la parole est le signifiant posé par celui qui parle ; dans l’imaginaire, l’écriture donne au signifiant sa consistance.


C’est le nœud borroméen, que Lacan évoque en affirmant qu’« il faudrait arriver à donner une idée d’une structure qui soit telle que ça incarnerait le sens d’une façon correcte ». L’unité du nœud est la consistance même de l’imaginaire : « Si le nœud tient, c’est que l’imaginaire est pris dans sa consistance propre ». Le nœud borroméen accomplit de la manière la plus rigoureuse l’« écriture parlante » recherchée. Il est le savoir de l’analyste, ce savoir dont on a dit qu’il avait une efficace. À l’être parlant déjà advenu comme sujet, il apparaît comme énonçant le Nom-du-Père. En tant qu’écriture, le nœud borroméen, où sont reliés trois cercles ou « ronds de ficelle » absolument identiques, deux à deux indépendants, est le « nœud mental » requis du discours analytique (et présent dans la poésie). Il accomplit la « lettre », posée comme signifiante dans le registre du signifié. Sa consistance (qui n’est autre que la clôture structurale que nous avions évoquée à propos de l’écriture parlante, mais ici elle est mise en évidence) est la consistance même du signifiant.”
JURANVILLE, 1984, LPH




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