La mise en question véritable du monde ordinaire par l’existant devenu origine, par son choix, doit être maintenant objectivée par son œuvre propre, laquelle doit pouvoir être reconnue par tous comme objectivité absolue. L’obstacle est la finitude de l’existant : comment un être fini pourrait-il produire quelque chose d'absolument objectif ? Nier cette finitude conduit à la folie, tandis que la poser positivement comme essentielle conduit au péché. Juranville définit le péché par « finitude + position », en opposition à la folie définie par « finitude + négation ». Le péché est ainsi la subjectivité absolue de l’origine, ce par quoi l’origine humaine peut effectivement s’accomplir dans la condition finie. Autrement dit : il ne faut pas seulement avoir choisi l'œuvre, il faut aussi accepter la condition finie depuis laquelle elle doit être créée. Mais la créature ne peut d’abord produire seule cette vérité de sa finitude : elle doit la recevoir de l’Autre absolu. Ce ne peut plus être le Père, car la Création, œuvre du Père, doit maintenant recevoir une confirmation après avoir été vouée au mal par le système sacrificiel humain. Cette confirmation vient du Fils, par la Révélation et surtout par l’Incarnation : le Christ assume pleinement la finitude, jusqu’à subir et traverser la violence sacrificielle. La Croix constitue ainsi une « répétition de l’origine » dit Juranville : elle révèle que la finitude peut être assumée et devenir créatrice au lieu d’être fuie. Mais l'existant falsifie immédiatement ce qu'il reçoit : il interprète d’abord cette œuvre de manière gnostique, comme si le Christ l’avait libéré de son propre péché ; il refuse donc encore d’assumer lui-même sa finitude. Cette fuite constitue la contradiction subjective de l’origine et s’organise socialement dans le système sacrificiel, qui rejette le péché sur la victime. Sortir de ce système suppose de recevoir de l’Autre les conditions permettant d’être soi-même reconnu comme Autre vrai et de reconnaître les autres comme Autres vrais. L’existant doit ainsi poser ensemble altérité et autonomie, ce qui définit la grâce. Conclusion : comme solution de la contradiction subjective, “la grâce est l’altérité absolue de l’origine et son essence”. La grâce du Père, donnée lors de la Création, permet à l’homme de devenir à son tour origine et d’engager son œuvre propre ; après le refus païen et la constitution du monde sacrificiel, la grâce du Fils permet au sujet social de rompre avec ce système, de laisser advenir l’individu véritable et finalement d’instituer la justice.
ORIGINE, Péché, Finitude, Grâce
“En fait, contradiction subjective de l’origine, l’existant refuse toujours d’abord d’assumer son péché. Il le refuse, comme sujet social, en organisant le système social sacrificiel qui empêche qu’advienne l’individu qui l’assumerait. Dépasser ce refus fondamental, c’est, pour l’existant radicalement fini qui tend toujours d’abord à se refermer sur une identité abstraite et fausse, avoir reçu, de l’Autre absolu, les conditions de ce dépassement : c’est-à-dire, à la fois, être considéré comme Autre vrai et lieu d’altérité essentielle par cet Autre et, en même temps, assumant de manière pleinement libre cette altérité à soi offerte, se rapporter aux autres humains comme eux aussi Autres vrais et individus. C’est poser ensemble altérité et autonomie. Ce qui définit la grâce, comme singularité et autonomie définissaient l’élection. La grâce est l’altérité absolue de l’origine et son essence. Elle est d’abord grâce du Père dispensée à Adam, à l’homme, à l’existant lors de la Création, pour que celui-ci devienne à son tour origine et commence un jour, l’ayant choisie, son œuvre propre. Mais le refus païen vient. Elle est ensuite grâce du Fils dispensée à l’homme devenu sujet social pour qu’il puisse un jour rompre avec le système sacrificiel dans lequel il s’est enfermé et, laissant le sujet individuel advenir à sa vérité d’individu, instituer la justice.”
JURANVILLE, 2017, HUCM
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