PARRHESIA, Vérité, Election, Démocratie, FOUCAULT

Juranville voit dans les derniers travaux de Foucault une orientation vers un droit juste et vers une démocratie véritable, c’est-à-dire représentative. Il s’agit d’articuler fermement parole vraie, élection et démocratie. Il s'appuie surtout sur la notion foucaldienne de parrhèsia, parole libre, franche et courageuse, mais nécessairement « indexée à la vérité » et donc non arbitraire, laissant aux autres la liberté de répondre. Socrate en constitue la figure exemplaire, celui qui dit vrai et rend possible pour l'autre une vérité sur lui-même. Disons même que la présence de l'Autre est constitutive de la parole vraie. L'individu autonome étant celui qui a reçu de l’Autre les conditions de son autonomie et qui les assume. Mais cette liberté de parole n’est pas sans risque. Dire vrai suppose d'affronter quelque chose qui pousse le sujet à ne pas dire, comme affronter sa propre finitude, ou déranger l’ordre social établi. La vérité est difficile parce qu'elle met le sujet en danger. Mais celui qui écoute doit également avoir le courage d'accueillir une vérité qui peut le blesser dans son amour-propre. Juranville interprète ce courage comme le témoignage de l'accueil de l'élection. L'élection est donc offerte à tous, mais peu l'assument effectivement. L’individu véritable n'est pas une créature naturellement supérieure ou socialement privilégiée : il est celui qui accepte effectivement une possibilité ouverte à tous. La parrhèsia introduit ainsi une inégalité d'autorité au sein même de l'égalité politique : certains peuvent devenir « les premiers » parce qu'ils assument la parole vraie. La vérité n’est pas seulement ici le rapport adéquat au réel, mais également le fait qu’elle s’adosse à la parole de tout Autre, pouvant toujours librement intervenir. L'exemple de Périclès montre que la démocratie athénienne pouvait reconnaître à tous le droit politique tout en laissant au meilleur l'exercice effectif de l'autorité. La démocratie juste n'est donc pas l'abolition de toute différence entre les individus, mais l'organisation politique permettant à une autorité issue de la parole vraie de s'exercer sans devenir tyrannie. Juranville voit dans cette possibilité individuelle la condition d'un nouveau monde social, véritablement démocratique, qui ne doit pas supprimer le pouvoir mais organiser un espace dans lequel la parole autonome de l'individu puisse avoir une place institutionnelle.


Or c’est vers une conception du droit juste, et aussi de la démocratie représentative en tant qu’elle est, dans l’État, dans l’État juste, le régime politique qui conforte le mieux le droit, que nous semblent aller les analyses tardives de Foucault. Ainsi d’abord pour ce qu’il dit, dans ses deux derniers cours au Collège de France, Le gouvernement de soi et des autres et Le courage de la vérité, sur la παρρησία (parrhèsia) et qui nous semble caractériser, dans le cadre d’un monde social nouveau, la parole libre et vraie de l’individu véritable – individu véritable qui, ayant accueilli grâce et, décisivement, élection, s’affronte à la finitude de l’humain et l’assume ; et qui, comme sujet social, tiendra le discours de l’individu (discours psychanalytique).”
JURANVILLE, 2017, HUCM 

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