Le savoir vrai suppose une intériorité où l’identité du sujet se reconstitue en accueillant l’Autre comme tel. Cette intériorité permet de remonter de ce qui existe comme effet à la cause qui en constitue l’origine : la cause est l’identité originelle qui se met à exister, donc l’identité avec l’existence. Lorsque cette cause est reconnue comme vraie et créatrice, elle devient fondation. Mais la fondation n’est réelle que si elle peut être répétée par les existants : ce qui est fondé doit permettre de fonder à son tour. C’est pourquoi la fondation se distingue de la création proprement dite, elle est la reprise de cette puissance créatrice (d’abord divine) par les existants eux-mêmes. Le savoir joue ici un rôle décisif car il reconnaît la puissance créatrice présente en chacun et la fixe socialement, rendant possible la fondation durable d’institutions nouvelles. Plus précisément, l’acte fondateur commence par un geste symbolique : par exemple poser la première pierre. C’est une métonymie : une partie représente le tout. Mais ce geste devient réel seulement s’il renvoie à la cause créatrice, en elle-même métaphorique. De même que la création produit une œuvre, par le génie, la fondation produit un savoir qui en fixe la signification, par le jugement. La philosophie illustre ce processus dès son apparition en Grèce par l’usage spéculatif du langage, qui transforme des mots ordinaires en concepts et fonde ainsi un nouveau rapport à l’être. Ce travail semble seulement chercher la vérité ; mais en réalité, il la produit déjà. La philosophie fonde donc un nouveau savoir. Dans une perspective chrétienne, cette fondation correspond symboliquement à l’engendrement du Verbe à partir du Père : l’existant, participant au Verbe, devient lui-même principe fondateur.
FONDATION, Savoir, Cause, Vérité
“Laisser venir l’intériorité existante en tant qu’elle introduit une nouvelle vérité objectivement reconnue, ce qui caractérise le savoir, le savoir vrai, c’est laisser venir et la cause et la vérité. Or cause et en même temps vérité, cela définit la fondation. C’est donc comme fondation que se donne le savoir. Fondation qui est le savoir en lui-même, dans son acte de savoir. Parlant de la fondation, on part de ce qui existe (à quoi on suppose une consistance) et, cherchant ce qui le fonde, ce qui l’a fondé, on cherche la cause dont il est l’effet : la fondation est bien cause. Mais si l’on cherche ce qui le fonde, ce qui l’a fondé, c’est parce que ce qui est fondé et a une cause fonde à son tour, est cause à son tour, ou encore, plus significativement, parce qu’on peut, sur ce qui est fondé, fonder à son tour, devenir cause à son tour : la fondation est bien, non seulement cause, mais vérité de la cause. La fondation est la cause, la cause créatrice, ayant surgi dans le réel, en tant qu’elle y est re-posée (et d’abord répétée en acte) par l’existant, comme tout existant peut et doit la re-poser (et d’abord la répéter en acte). C’est ainsi ce qui peut sembler une fondation seconde qui est le décisif quand on parle de fondation. Si l’on parle de fondation pour le premier temps, c’est dans la perspective du deuxième temps : la fondation n’est l’affaire de celui qui est cause que pour autant qu’il vise la répétition, par l’existant en général, et la position dans le réel, de cet être de cause : de Dieu on ne dit guère qu’il fonde, mais qu’il crée.”
JURANVILLE, 2007, EVENEMENT
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire