HISTOIRE, Connaissance, Religion, Philosophie

L’histoire est, pour Juranville, le processus par lequel le savoir rationnel pur de la philosophie, d’abord rejeté, devient universellement reconnu. Elle s’appuie successivement sur les trois grandes Révélations : celle du christianisme, qui par la grâce rend possible l’exigence universelle de justice et la dénonciation du sacrifice ; puis celle du judaïsme, qui introduit l’élection et réalise déjà la loi juste ; et enfin celle de l’Islam ou islamisme, portée par la foi, pour ceux qui n’ont pas voulu explicitement la rupture historique mais peuvent l’accueillir implicitement. Sont concernées à ce titre toutes les grandes religions non révélées, notamment orientales, dont la vérité doit être reconnue. Car si le dénouement de l’histoire se joue dans une reconnaissance croisée entre l’élection judaïque et la grâce chrétienne, la philosophie n’accomplit son savoir qu’en s’ouvrant à l’universalisation religieuse. Pareille dialectique s’illustre également, dans l’univers des discours, entre la psychanalyse et la philosophie notamment : la psychanalyse, venant certes de l’élection juive historiquement, mais faisant porter sur l’analyste, dans son dispositif, la charge de dispenser sa grâce à l’analysant (en position d’élu), doit s’appuyer sur la philosophie et son discours de l’élection pour obtenir une pleine reconnaissance sociale. Le monde de la fin de l’histoire est un monde aussi juste que possible, où la finitude radicale est à la fois dénoncée dans sa forme sacrificielle et assumée dans ses formes minimales (sexualité, capitalisme). Ce monde n’est pas encore le Royaume, mais grâce à la connaissance philosophique il prépare la venue du Messie dont l’œuvre, en tant que Fils de l’homme est la connaissance même, et comme révélation ultime de l’Œuvre de l’Autre absolu et accomplissement de l’histoire.


Ce sur quoi débouche finalement le mouvement de l’histoire, c’est bien le monde juste. Mais comme monde où la finitude radicale, au lieu d’être dissimulée sacrificiellement, est reconnue, c’est-à-dire à la fois dénoncée quand elle conduit au sacrifice, et assumée sous ses formes minimales (individuellement la sexualité, socialement le capitalisme). Monde juste qui n’est pas le Royaume. Mais monde juste préparé pour la venue (le retour) du Messie et pour son Jugement. La connaissance caractérise certes alors, et comme essentielle, le savoir philosophique : connaissance, avant tout, de l’Œuvre de l’Autre absolu et, dans ce cadre, de toutes les œuvres humaines, d’abord celle du monde juste. Mais la connaissance est le fait suprêmement du Messie lui-même comme Fils de l’homme. Comme Celui qui est visé à travers tous les fils humains, menacés en fait de la violence sacrificielle, et ayant néanmoins à accomplir leur œuvre (de connaissance toujours). Messie qui, Fils absolu, apparaîtra finalement comme Fils de Dieu, Fils en Dieu. L’Œuvre du Fils dont nous avons dit qu’elle est Révélation n’est autre que la connaissance elle-même.”
JURANVILLE, 2007, EVENEMENT 

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