LIBERALISME, Capitalisme, Etat, Liberté, FOUCAULT

Foucault reconnaît certes que le libéralisme a favorisé le développement du capitalisme, mais, dans ses derniers cours, ce n’est plus ce qu’il met en avant ; il refuse désormais de le réduire à une simple idéologie bourgeoise. Le libéralisme est avant tout une « technologie de pouvoir », c'est-à-dire une manière particulière de gouverner caractérisée par l'autolimitation de l'État. Alors qu'il avait d'abord insisté sur les dispositifs de contrôle, Foucault estime finalement que leur fonction principale est de garantir un espace de liberté. Le gouvernement libéral respecte les sujets de droit et limite volontairement son intervention. Le marché devient un « lieu de vérité » révélant les réalités économiques. Après 1945, le néolibéralisme allemand cherche à construire un État soumis aux principes du marché, tout en maintenant l'État de droit. La concurrence devient le principe organisateur de la société, tandis que l'État lutte contre les monopoles et les rigidités sociales qui empêchent l'autonomie individuelle. Un minimum vital est garanti, mais chacun demeure responsable de son existence. Cette exposition au risque constitue même une condition du développement personnel. La société tend alors à devenir une société d'entrepreneurs de soi. Le véritable sens du libéralisme n'est pas le capitalisme lui-même, mais la création d'un espace juridique et politique où chacun peut devenir individu véritable, accomplir son œuvre propre et où les pratiques minoritaires mêmes sont protégées contre toute tentation totalitaire.


Certes le libéralisme a en propre aussi « une formidable extension des procédures de contrôle. » Et Foucault note que lui-même a pu avancer que là était l’essentiel, le contrôle, dans le libéralisme. Mais, dit-il, « je crois que j’ai eu tort. » Ce qui est visé serait bien la liberté, de l’autre et de soi. Le libéralisme serait donc « système soucieux du respect des sujets de droit et de la liberté d’initiative des individus » et « principe et méthode de rationalisation de l’exercice du gouvernement, rationalisation qui obéit, c’est là sa spécificité, à la règle interne de l’économie maximale » (NB, 323). Il viserait la richesse de l’État, mais avant tout, en lui, la paix sociale.”
JURANVILLE, 2017, HUCM

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