HISTOIRE, Miracle, Philosophie, Psychanalyse

La philosophie est fondée à reprendre l’idée d’une histoire universelle en intégrant l’inconscient freudien, qui révèle l’identité originelle de l’existence que la philosophie de la finitude ne pouvait poser. Dès lors, l’histoire n’apparaît plus comme simple déploiement de la raison, comme chez Hegel, mais comme un processus fondé sur des interventions miraculeuses, non seulement de l’Autre absolu, seules capables de rompre avec le système sacrificiel, mais aussi celles des hommes se montrant capables à leur tour d’y répondre. La psychanalyse fournit ici le modèle décisif : par la grâce (effacement de l’analyste comme maître) et l’élection (constitution d’un savoir par le patient), elle permet le passage d’un rapport négatif à un rapport positif à l’existence. La philosophie doit opérer de manière analogue : non en s’effaçant comme savoir, mais en s’effaçant comme pouvoir, et en reconnaissant que son contenu est déjà présent dans le monde social notamment à travers les religions. L’histoire universelle devient ainsi un processus rationnel dont le déploiement est rendu possible par des interventions imprévisibles de l’Autre absolu dans le cours du monde. Ces miracles culminent, après l’Holocauste comme manifestation extrême de la violence sacrificielle, dans la fondation de l’État d’Israël (miracle commencé), sa reconnaissance internationale (miracle poursuivi), et enfin dans la proclamation philosophique de la fin de l’histoire (miracle accompli). 

 
“La philosophie est donc en position, avec l'inconscient, de se proclamer savoir ; et cela de manière totalement légitime, puisque toutes les contradictions qu'implique l'existence auront été parcourues. Et elle peut affirmer à nouveau l'histoire universelle. Comme une histoire qui suppose certes le déploiement complet du procès de la raison. Raison qui ne se noue alors qu'imprévisiblement, par miracle. C'est le miracle, pour et dans le cours de l'histoire, des interventions de l'Autre absolu sans lesquels le système sacrificiel païen n'eût pas pu être mis en question. C'est le miracle, à la fin de l'histoire, des actes qui montrent que les hommes ont pleinement répondu à ces interventions et que celles-ci ont bien eu l'effet qu'elles devaient avoir, qu'elles sont bien les miracles qu'elles étaient censées être.”
JURANVILLE, 2017, HUCM

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