Comment l’intériorité essentielle, formée dans la relation à l’Autre absolu, peut-elle être affirmée socialement et reconnue universellement ? L’Autre ébranle l’immédiateté de l’homme et lui communique une identité vraie, mais celle-ci ne peut rester seulement vécue : elle doit être posée comme telle. Poser l’existence, c’est affirmer conjointement l’altérité et l’identité, et faire reconnaître cette structure dans l’ordre commun. L’existant refuse d’abord son existence par finitude radicale. Il ne l’assume que progressivement, en acceptant à chaque fois la finitude propre à sa relation à l’Autre, jusqu’à pouvoir, dans l’œuvre, poser l’identité qui lui est communiquée. L’existence apparaît alors comme subjectivité du savoir : elle est à la fois ce par quoi le savoir s’accomplit et ce en quoi elle-même s’accomplit. Cette identité renvoie à l’Autre absolu comme principe d’unité et de donation (c’est le Père), se déploie dans la médiation nécessaire à la confirmation de la Création face au refus humain (Fils), et trouve son effectuation rationnelle dans le savoir philosophique (Esprit). Mais l’homme se replie sur son refus de l’existence et de l’identité qu’elle implique, refusant ainsi le savoir vrai : telle est la contradiction subjective du savoir. Pour que ce refus soit dépassé, l’existant doit consentir à l’autonomie et s’affirmer comme moi. Non pas moi narcissique, mais moi répondant à l’appel de l’Autre asbolu et se rendant responsable de tout autre homme. N’est-ce pas ce que signifie, pour chacun, entrer en philosophie ?
EXISTENCE, Altérité, Trinité, Moi
“Qu’est-ce qui doit venir de l’Autre absolu pour que ce refus radical puisse être dépassé ? L’homme, l’existant puisque nous le dénommons ainsi, refuse d’accueillir en soi l’identité vraie en tant qu’elle se poserait comme telle et deviendrait principe du savoir, que par le savoir elle se donnerait sa loi, qu’en lui elle serait autonomie. Il faut, pour que l’existant puisse accepter et vouloir le savoir vrai dans toute sa rationalité, qu’il mette son identité dans cette autonomie. Il faut qu’il s’affirme en tant que moi. Non pas certes moi narcissique qui s’offre à la complaisance de soi et des autres. Mais moi vrai qui répond à l’appel de l’Autre absolu et accueille l’élection qui en vient, ce par quoi, s’engageant à répondre à et de tout Autre (humain, fini), il devient « responsable. » C’est le moi de quiconque entre dans la philosophie.”
JURANVILLE, 2017, HUCM
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