EXISTENCE, Altérité, Jeu, Inconscient

Comment développer, philosophiquement, conceptuellement, la contradiction de l’existence ? Il faut montrer que l’existence se donne d’abord comme altérité, et que son acte fondamental est l’ouverture à l’Autre. L’altérité absolue caractérise d’abord l’Autre absolument Autre ; puis le sujet lui-même devient, par ce qui lui vient de l’Autre, l’Autre de l’Autre. Cette altérité radicale conduit paradoxalement à la position objective de l’identité vraie dans le savoir. Puis il faut développer l’existence comme jeu, là où elle apparaît comme identité objective vraie, opposée à l’objectivité ordinaire. En langage heideggérien : l’être (d’abord existence du sujet) est reconnu comme jeu, jeu de l’Autre (Ereignis) où l’homme est pris. Ce jeu ouvre à la puissance humaine d’instituer de nouveaux jeux, jusqu’au jeu humain suprême : le savoir philosophique lui-même. Enfin il faut révéler l’existence comme inconscient, comme identité subjective et originelle située en l’Autre, mais qui n’en veut pas moins sa propre objectivation. Les références sont Lacan : l’inconscient comme entrant dans le mouvement de la philosophie contemporaine, porteur d’un savoir vrai mais non réflexif ; et Lévinas : reconnaissance de la subjectivité vraie comme inconscient, mais sans articulation au discours psychanalytique. L’apport décisif de Juranville consiste à articuler psychanalyse, grâce et philosophie, jusqu’à reconnaître l’inconscient comme essence de l’existence et principe même du savoir philosophique.


“Lacan, recueillant de Freud l’inconscient, a montré que cet inconscient prend place dans le mouvement de la pensée philosophique contemporaine (pour nous, pensée de l’existence), et qu’il introduit à un savoir nouveau et vrai – mais non pas certes comme savoir qui se sait, comme savoir philosophique (et métaphysique). Lévinas, lui, en est venu, pour la subjectivité vraie qu’il a dégagée, au nom de l’éthique, contre Heidegger et le jeu heideggérien, à la reconnaître comme l’inconscient même – mais, ne se rapportant pas au discours psychanalytique, il n’est pas allé jusqu’à faire de l’inconscient le terme premier d’un effectif savoir philosophique. Nous-mêmes, en nous rapportant au discours psychanalytique, en dégageant la grâce comme ce par quoi l’inconscient y apparaît comme vrai au sujet fini, et en retrouvant, pour la philosophie, la même grâce, reconnaissons enfin l’inconscient comme l’essence de l’existence et comme le principe du savoir philosophique.”
JURANVILLE, 2000, ALTERITE

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