CONCEPT, Révélation, Existence, Métaphore

Si le nom est le sceau de la Création qui fixe le monde comme définitif, le concept doit être compris comme le sceau de la Révélation. Sa fonction fondamentale est d'arracher l'existant à son enfermement initial dans la pulsion de mort et au paganisme, en lui indiquant un idéal absolu à réaliser. Contrairement aux concepts ordinaires ou techniques (le concept de lit ou de véranda) qui ne prescrivent qu'un idéal relatif à l'usage, le concept philosophique désigne l'existence essentielle — celle de l'homme — et exige l'assomption résolue de la finitude radicale. Ainsi, des concepts comme l'angoisse, la justice ou le savoir ne sont pas de simples abstractions, mais des déterminations qui posent explicitement un devoir-être. Cependant, nom et concept sont d’abord détournés de leur vérité : nominalismes et sciences réduisent le nom à une étiquette, et les concepts ordinaires ou logiques (à la Frege) à de simples fonctions abstraites. La métaphore, en revanche, permet au nom de retrouver son pouvoir créateur en reconstituant l’identité à travers la finitude. Le concept pose explicitement cette identité nouvelle issue du travail métaphorique.


"Le nom peut, par l’opération de la métaphore, retrouver sa vérité originelle. Que dire dès lors du concept ? On a pu  avoir l’idée, positivement, que le concept posait comme telle l’identité que la métaphore n’avait que supposée, que dégagée  implicitement. On a pu avoir au contraire l’idée, négativement, que dans la métaphore avait lieu un processus fondamental de différenciation, de déplacement, de glissement, et que le  concept, qui le suppose, refoulait ce processus sous l’identité qu’il pose. Rejoignant un certain nietzschéisme3 qui florissait en ce temps, Derrida dit ainsi de la philosophie qu’elle est  « ce procès de métaphorisation qui s’emporte lui-même » et de la  métaphore qu’elle est « prise dans le champ qu’une métaphorologie générale de la philosophie voudrait dominer »: Derrida  y décèle un « retour du même4. » Mais, selon nous, le propre  de la métaphore est qu’elle doit être déployée et que, par ce  déploiement (cf. livre i, § 20), l’identité vraie, qui ne refoule rien, est reconstituée dans l’épreuve de la finitude. Que dire  dès lors du concept? À quoi correspond, pour le concept,  cette recréation de la vérité originelle du nom qui le fait, selon Benjamin, l’« essence la plus intime du langage », l’essence créatrice advenant dans le langage, au point que le Dieu créateur n’est autre que le Nom? On peut déjà se dire que le concept pose comme telle l’identité nouvelle et vraie recréée pour ce nom par la métaphore."
JURANVILLE, 2025, LP

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